Pierre-Ambroise Bosse : « J’ai tout misé sur le rouge, et le rouge est sorti ! »

MONDIAUX 2017 – Au prix d’un formidable coup de poker gagnant dans les 200 derniers mètres, Pierre-Ambroise Bosse a conquis mardi soir à Londres le titre de champion du monde du 800m. Un formidable exploit, qui doit beaucoup au talent de l’athlète, mais peut-être plus encore au tempérament de ce jeune homme prêt à tout risquer pour gagner. Son audace a payé.

« Je visais l’or, tout simplement. Mais cette tactique m’a coupé les jambes. » C’était il y a tout juste un an, à Rio de Janeiro. En finale olympique du 800 mètres, Pierre-Ambroise Bosse n’avait pas voulu jouer petit bras. Parti en chasse derrière le maître David Rudisha, le Français a voulu jouer gagnant. Pas placé. Cela lui avait coûté le podium. S’il avait couru plus sagement, sans doute aurait-il accroché de l’argent ou du bronze. Elève doué mais incontrôlable, le Nantais n’a pas voulu retenir la leçon. Tant mieux. C’est ainsi qu’on l’aime. Et c’est comme ça qu’il est devenu champion du monde, mardi soir.

 » Il y a eu un voile devant moi, comme si je me réveillais d’un rêve »

Son feeling du soir lui a donc dicté de faire « tapis » à un moment où personne ne l’attendait vraiment. Le coup de poker s’est mué en coup de maître. « Quand je les ai dépassés, poursuit le premier demi-fondeur tricolore sacré champion du monde, je me suis mis à leur place et je me suis dit : ‘qu’est-ce qu’ils pensent ? je pense qu’ils morflent et ça me plait’. C’est la première fois que je me suis senti comme ça. Comme si j’avais envie de faire mal aux autres. Je me suis senti comme un guerrier. C’était une course de warriors. »

Dans la dernière ligne droite, si longue compte tenu de la précocité de son attaque, jamais il n’a laissé un espoir à la concurrence. Le Polonais Adam Kszczot a réagi trop tard, et Nijel Amos, meilleur performeur 2017, en est resté coi. Ces derniers mètres, Pierre-Ambroise Bosse avoue les avoir traversés comme dans un état second. Un moment presque irréel, qui marquera à jamais son existence. « Pendant 750m, lance-t-il, j’étais lucide. Puis quand j’ai compris que j’allais gagner, bien avant la fin de la ligne droite, c’était bizarre, je ne me suis jamais senti comme ça. Il y a eu un voile devant moi, comme si je me réveillais d’un rêve. »

La victoire du tempérament

D’où son air presque incrédule à l’arrivée. Pas de joie hystérique. Pas de saut de cabri. Ni même de cri de joie ou de rage. Non, rien de tout ça. « Je n’y croyais pas en fait, se marre Bosse. Il fallait que je me pince fort pour comprendre que c’était la réalité. De toute façon, 200 m plus tard, j’étais en train de vomir, donc ça reste un 800 m. Je ne peux pas faire la fête comme Usain Bolt. » Il y avait eu la ligne droite d’anthologie de Marc Raquil sur 400m en 2003, il y aura le dernier demi-tour de piste de Pierre-Ambroise Bosse à Londres. A la grande différence que celui-ci vaut de l’or, et une place de choix dans l’histoire de l’athlétisme français.

Ce titre, Bosse le doit à son talent, mais plus encore à son tempérament. Derrière sa folie douce et ses tirades improbables qui régalent micros et caméras, il l’a parfaitement saisi. « Dans cette course, analyse-t-il, j’ai eu l’impression d’être un gamin de 15 ans, avec plus d’envie et de panache que de performance. Je prends des risques et je donne tout. »

Son côté risque-tout lui a déjà joué des tours et lui en jouera d’autres. Mais mardi, c’est bien lui qui l’a propulsé sur le toit du monde. Bosse est champion du monde, Lavillenie (que l’on a vu encourager son collègue PAB dans le dernier tour) ne le sera peut-être jamais. C’est peut-être une forme d’injustice, mais c’est le lot de ce type de rendez-vous. « Je l’ai fait en sachant que je suis loin d’être le meilleur du monde. Etre champion du monde, cela n’a rien à voir avec être le meilleur du monde« , tranche joliment le roi de la soirée.

 

 

Si sa stratégie carioca avait semblé audacieuse, celle de Londres est apparue totalement délirante. Il restait encore plus de 200 mètres quand PAB a décidé de placer une folle accélération à l’extérieur. Un tel effort, si précoce, il allait le payer, forcément. Mais non. Un démarrage à l’instinct. Car Bosse l’a avoué au micro d’Eurosport, il n’avait « pas de plan de course« . « Je suis un joueur de roulette au casino, j’ai tout misé sur le rouge, et le rouge est sorti, ça arrive d’avoir le bon numéro, raconte-t-il, hilare. Mais je suis comme ça, je fonctionne au feeling. »

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