Open d’Australie – Finale Wawrinka-Nadal: Quatre questions pour un drôle de scénario

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La finale Wawrinka-Nadal s’est déroulée dans un drôle de contexte du fait de la blessure de l’Espagnol, qui a pesé de tout son poids sur les débats. Décryptage.

1. Nadal a-t-il été diminué dès le début du match ?

Oui et non. Lors de sa conférence de presse d’après match, l’Espagnol a expliqué avoir éprouvé une gêne d’entrée, mais ce n’est vraiment qu’après la perte du premier set que son état est devenu réellement problématique. « J’ai commencé à ressentir quelque chose dès l’échauffement, a-t-il révélé. A la fin du premier set, ça s’est aggravé un peu. Puis au début du deuxième, là ça a vraiment empiré. C’était le moment clé. J’ai ressenti une forte douleur. J’avais très mal. » On peut donc considérer que Wawrinka a gagné ce premier set à la régulière, même s’il est probable que Nadal a joué avec une certaine crispation s’il sentait déjà poindre une petite gêne. Mais à l’œil nu, il était tout de même bien compliqué de savoir que le numéro un mondial était diminué au cours de la manche initiale. La vraie césure, le vrai tournant, s’est produit au début du deuxième. A partir de là, il n’a pu défendre ses chances normalement.

2. Nadal a-t-il pensé à abandonner ?

Selon son oncle et entraineur, Toni, l’idée lui a traversé l’esprit au tout début du deuxième set. Mais ça n’a pas duré.

A partir de là, abandonner n’a plus jamais été une option. Ce n’est pas le style de la maison, à moins d’y être totalement contraint. Il y a trois ans, ici-même à Melbourne, Nadal avait tenu trois sets face àDavid Ferrer en quarts de finale, alors qu’il était manifestement diminué par un genou récalcitrant. Dimanche, il n’a pas davantage renoncé, même si, en deux occasions, au début du deuxième et à la toute fin de celui-ci, on a pu croire qu’il jetterait l’éponge. « La dernière chose que je voulais faire, c’était abandonner, a-t-il affirmé. Je déteste ça, surtout en finale. Ce n’était pas une situation facile pour moi d’être sur le court dans un tel état, mais j’ai essayé très fort jusqu’à la fin. J’ai essayé de finir le match du mieux possible pour le public, pour mon adversaire, pour moi-même. J’ai tout essayé jusqu’au dernier moment. »

3. Wawrinka a-t-il eu peur?

Personne n’est dans sa tête mais, incontestablement, la situation a été difficile à gérer pour lui. Il était parfaitement dans son match, il l’avait abordé d’une façon extraordinaire et il dominait son adversaire. Puis, brusquement, la blessure de Nadal a cassé le rythme de cette finale. Le deuxième set a été une parodie de tennis. Nadal servait à 120 km/h en premières, il ne bougeait plus. Dans le troisième, il a ranimé la flamme mais toujours en jouant par à-coups. Wawrinka s’est retrouvé face à une problématique qu’il n’avait pas préparée. Il a dû improviser. Il n’est jamais facile de jouer face à un adversaire blessé. Surtout dans un match avec un tel enjeu. « Bien sûr que Stan est devenu nerveux, c’est normal, juge Rafael Nadal. Quand vous voyez votre adversaire jouer comme ça, vous devenez nerveux. C’est vrai qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. »

Dans cette troisième manche, le Vaudois a commis autant de fautes que sur les deux premiers réunis. C’est lui qui a perdu ce set, plus que Nadal ne l’a gagné. « Ma seule chance de gagner, c’est s’il faisait des erreurs, parce que je servais trop lentement et de manière trop prévisible. Je ne survivais que parce qu’il faisait des erreurs sur mon retour« , a concédé le Majorquin. Grand classique dans ces cas-là, Wawrinka a arrêté de jouer son jeu, attendant que son adversaire lui donne les points. « J’attendais qu’il fasse les fautes, je ne jouais pas bien. J’ai commencé à réaliser que je pouvais gagner un Grand Chelem aussi« , a admis le Suisse. Son grand mérite, c’est d’avoir su gérer, en plus de la nervosité inhérente à la proximité d’une telle victoire, le contexte si particulier de ce match du fait de la blessure de Nadal. Wawrinka a peut-être eu peur de perdre, mais Nadal, lui, n’a jamais cru pouvoir gagner : « Je pouvais gagner un set comme ça, mais pas trois, pas face à un adversaire aussi fort. »

4. Quelle a été l’attitude du public ?

Contrastée. Dans un premier temps, quand l’Espagnol est sorti du court pour se faire soigner au début du deuxième set, il a essuyé une bordée de sifflets assez prononcée à son retour sur la Rod Laver Arena. Benito Perez Barbadillo, l’agent du joueur de Manacor, a regretté sur Tiwtter l’attitude du public australien, par ailleurs pas coutumier du fait. « J’ai toujours cru que le public de Melbourne était juste. Douter de la sportivité de Rafael Nadal est tout simplement une erreur », a-t-il écrit.

« Parfois, il est difficile pour le public de comprendre ce qui se passe, a simplement réagi Nadal. La foule, ce qu’elle veut, c’est profiter d’un grand match. » Finalement, à défaut de grand match, il y a eu bagarre jusqu’au bout, même si sa nature n’a pas été celle qu’on pouvait attendre ou espérer. Du coup, en fin de match, le public australien a… encouragé assez largement Nadal, dans l’espoir d’assister à un cinquième set. « Vous ne m’entendrez jamais dire du mal de ce public« , a tranché le numéro un mondial pour conclure.

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